Thierry Fouillet nous recommande chaudement – c’est de saison- le dernier ouvrage de Laurent Mauduit intitulé « Collaborations : enquête sur l’extrême droite et les milieux d’affaires » à la Découverte .

Un mot sur l’auteur tout d’abord : cofondateur de Médiapart avec Edwy Plenel , syndiqué au SNJ CGT Laurent MAUDUIT est spécialiste des liens entre pouvoir politique et milieux d’affaires
Dans cette enquête très détaillée, l’auteur s’attache surtout à l’évolution récente d’une partie du grand patronat vis-à-vis de l’extrême droite. Il rappelle que les artisans, petits patrons commerçants, autoentrepreneurs ne sont pas insensibles pour une grande partie d’entre eux aux sirènes de cette mouvance.
Dans un fort utile rappel historique, L.Mauduit évoque le mouvement poujadiste des années 50 et le CIDUNATI de Gérard NICOUD dans les années 70 composé de cette catégorie sociale déjà excédée par le trop plein de normes, de charges et le niveau excessif selon eux de leur niveau d’impôt.
La nouveauté qui fait tout l’intérêt du livre selon moi réside dans le changement de pied récent effectué par une partie non négligeable du monde des affaires.
Alors qu’à toutes les élections nationales (présidentielles et législatives) depuis 2002 les représentants du grand patronat -Medef en tête- appelaient explicitement à faire barrage au FN/RN au nom des valeurs d’une part et de l’inanité de leur programme économique d’autre part, ce n’est plus le cas depuis la dissolution de juin 2024.
Au fameux « plutôt Hitler que le Front Populaire » a succédé pour une partie de plus en plus importante de nos élites économiques « plutôt le RN que le NFP ».
Dans son introduction, Mauduit écrit « si les patrons du CAC 40 prétendent avoir des responsabilités sociales et environnementales […], ils s’exonèrent de toute responsabilité démocratique ».
Seul le patron de Safran a osé dire durant la campagne électorale de 2024 lors d’une tribune dans un grand quotidien du soir qu’entre la démocratie et l’économie, il choisirait la première et non la seconde .
On pense immédiatement aux funestes années 30 et au régime de Vichy qui avaient vu une partie importante du patronat (dont Louis Renault ainsi que le fondateur de l’Oréal) collaborer avec l’occupant. Mais la défaite de l’Allemagne nazie, l’attitude globale de la classe ouvrière et le compromis social des 30 glorieuses semblent renvoyer aux poubelles de l’histoire ces années noires.
Mais l’auteur souligne que tout change à l’aube des années 80 avec le néolibéralisme sauce Reagan et Thatcher : tout pour le profit et haro sur toutes les protections sociales favorables au monde du travail. On peut rajouter à ce phénomène les débuts de la mondialisation capitaliste et la chute du bloc communiste ce que certains auteurs ont qualifié de la « fin de l’ histoire ».
Pour Mauduit, nouvelle accélération avec l’arrivée de Trump à la Maison Blanche qui voit les milliardaires de la tech notamment prendre fait et cause pour le libertarianisme (droit à la liberté absolue sans contrainte de quelque nature et état de plus en plus modeste car le système privé régit tout ) .
En France ,beaucoup d’entreprises de ces secteurs (cybersécurité ,cryptomonnaies …) partagent ce courant de pensée sans parler des plus connus d’entre eux que sont Stérin et Bolloré .
Un constat implacable donc et une lecture indispensable par les temps qui courent. T.F
