Article de Charlotte HERVOT Publié le 06/12/2025 dans le Courrier de l’Ouest

En l’absence de représentants du personnel, ils sont les seules voix aux côtés des salariés convoqués à un entretien préalable à une rupture de contrat. Et rééquilibrent un face-à-face souvent inégal.
Proposé par une organisation syndicale, le conseiller du salarié est nommé par arrêté préfectoral pour trois ans. Ses nom et coordonnées figurent sur une liste tenue à jour par la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (Dreets), consultable en mairie, à l’inspection du travail ou en ligne. Le salarié convoqué à un entretien préalable peut, s’il n’existe pas de représentant du personnel dans son entreprise, contacter directement l’un d’eux. Mieux vaut s’y prendre rapidement : le délai minimum entre la convocation et la tenue de l’entretien étant de cinq jours ouvrables après le jour de la première présentation de la convocation. Et rassembler tout ce qui peut le guider : règlement intérieur, convention collective…
Le conseiller se présente ensuite à l’entretien, muni de sa carte. L’employeur ne peut s’opposer à sa présence. Tout comportement qui entraverait l’exercice régulier des fonctions du conseiller du salarié serait passible d’une peine d’emprisonnement d’un an et/ou d’une amende de 3 750 €. Soumis au secret professionnel et à une obligation de discrétion, le conseiller peut aussi être amené à témoigner devant le conseil de prud’hommes.
Dans les locaux de Force ouvrière 35, à Rennes (Ille-et-Vilaine), ils sont une dizaine à parler droit du travail. Café, vieux tracts comme brouillon… Face à Céline Cussac et Fabienne Mateu, défenseures syndicales à l’initiative de cette formation, des femmes et des hommes, du privé comme du public, sont venus se former à un rôle discret de conseiller du salarié.
Les profils sont variés : auxiliaire de puériculture, conducteur de benne à ordures ménagères, assistante médico-administrative… Leur mandat leur permet d’intervenir dans les entreprises dépourvues de représentants du personnel pour accompagner un employé convoqué à un entretien préalable à une rupture conventionnelle ou à un licenciement.
Les formatrices déroulent les types de rupture du contrat, les délais légaux… Puis, place aux simulations d’entretien, pour parfaire le savoir être, crucial dans ces moments souvent tendus. Il faut penser que le patron va devoir s’expliquer devant quelqu’un qu’il ne connaît pas, sur un problème avec l’un de ses salariés. Vous n’êtes pas en terrain conquis ! Et ne pas oublier que le salarié, lui, n’est pas dans un état normal , cadre Céline Cussac.
Service gratuit
Le conseiller du salarié a une mission de témoin et d’assistance, pas de défense. Son rôle est d’accompagner le salarié pour qu’il ne soit pas seul devant son patron, de s’assurer que les conditions sont réunies pour que l’entretien se passe bien et de donner des pistes pour qu’il s’en sorte avec dignité. Ces accompagnants sont particulièrement sollicités l’été et à l’approche de Noël, des périodes traditionnellement marquées par un pic d’entretiens préalables.
Le département d’Ille-et-Vilaine compte environ 120 conseillers du salarié. Leur employeur connaît cet engagement, qui leur confère le statut de salarié protégé, avec quinze heures de délégation par mois. Leurs services sont gratuits et n’impliquent pas d’adhésion syndicale. Avec la préparation, la rédaction du compte rendu et les trajets, ça devient vite du bénévolat, glisse Michel Sallecroix, conseiller depuis 2023 et agent de sécurité incendie. C’est du temps et des kilomètres, mais on se sent utile. Arnaud Boone, qui a accompagné une quarantaine de personnes, abonde : C’est enrichissant. En tant qu’ingénieur informaticien, je n’imaginais pas qu’il pouvait encore y avoir des conditions de travail aussi déplorables ».
