« L’IA va évidemment chambouler le monde du travail dans toutes ses dimensions, et cela a déjà commencé ». Par ces mots, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail a ouvert une journée de débat sur l’IA et le monde de travail, un an après le Sommet sur l’IA.
L’objectif : faire le point avec les acteurs du monde du travail (entreprises, syndicats, spécialistes) pour débattre sur les enjeux de l’IA. Le ministre l’affirme : « Il ne doit pas y avoir de tabou sur l’IA. »
Formation, intensification du travail et stress générés par l’usage de l’IA, cadres à lui apporter, temps gagné… les opportunités et menaces émanant de cette technologie ont été discutées lors de la journée. La CGT, quant à elle, tire deux enseignements de cette année post-sommet.
Le cadre ne protège pas les travailleur·ses
La CGT fait le constat de l’incapacité du cadre légal de protéger les travailleur·ses contre les stratégies des directions des grands groupes : IBM, Capgemini, Mondial Assistance… des milliers d’emplois sont supprimés au nom de l’IA.
La mise à signature d’une charte d’engagement ne permet pas de compenser les lacunes du droit, car elle ne suffit pas à contraindre les directions d’entreprises à ouvrir la discussion avec les travailleur·ses et leurs représentant·es. Nombre d’employeurs refusent d’intégrer les enjeux d’emploi dans les expertises sur les impacts de l’IA sur les métiers, et certains n’ouvrent même aucune négociation, à l’image de la direction d’Orange qui prétexte un « manque de maturité ».
Lors de la journée de débat, la position des organisations patronale est sans équivoque : hors de question de mettre en œuvre la négociation d’un accord national interprofessionnel (ANI) sur la question de l’IA – il ne faudrait pas « pénaliser la compétitivité de nos entreprises »…
Dans plusieurs entreprises, grâce au rapport de force, les salarié·es épaulé·es par la CGT ont toutefois réussi à arracher des droits : accord prévoyant la mise en place d’une commission ad hoc à Prisme Media, accord de méthode sur le « dialogue social technologique » autour de l’IA au groupe Alpha, ouverture d’une négociation (au bout de trois ans d’obstination) pour un accord sur l’IA chez France Travail… Mais il a parfois fallu aller jusqu’aux tribunaux pour obtenir le droit basique de l’information-consultation sur l’IA, comme pour le groupe Le Moniteur ou chez France Télévision…
La CGT revendique l’encadrement par la loi de l’IA au travail afin de protéger les droits des travailleur·ses. Elle invite le gouvernement français à soutenir les démarches de régulation portée par l’OCDE et à défendre l’adoption d’une convention de l’OIT et d’une directive européenne sur l’IA au travail.
Une véritable stratégie industrielle est indispensable
Alors qu’existent des filières industrielles européennes à renforcer, alors que la France dispose de travailleur·ses hautement qualifié·es pouvant jouer un rôle crucial dans cette industrie, la CGT fait le constat que les directions des grands groupes dilapident ce précieux patrimoine, détruisant des bassins d’emploi et nous faisant perdre un temps précieux :
- la direction d’Atos, principal groupe d’Europe capable de porter le cloud souverain, poursuit les destructions d’emploi – 600 postes détruits en onze mois ;
- la direction de STMicroelectronics, acteur majeur de la filière électronique européenne qui a, à ce titre, reçu des milliards d’euros d’aides européennes, de l’État et des collectivités, supprime 1 000 emplois en France.
La CGT l’affirme : la France ne deviendra pas le leader mondial de l’IA en se contentant de vendre des data centers, de l’énergie décarbonée bon marché, et toutes les industries qui concourent à leur fabrication. Elle doit mettre en place, avec l’Union européenne, une filière de production d’IA européenne capable de répondre aux besoins des populations – sous leur contrôle démocratique – et aux enjeux climatiques.
Signataire, comme l’ensemble des organisations syndicales représentatives, d’un appel sur la nécessité de construire une stratégie industrielle efficace adossée au pilotage du Conseil national de l’industrie, la CGT invite le gouvernement à l’appliquer sur la stratégie française sur l’IA.
