L’industrie ne doit plus être la variable d’ajustement des stratégies financières
À travers ces Assises, la CGT porte une exigence claire : mettre fin à la désindustrialisation et remettre l’emploi au cœur des choix économiques. La CGT rappelle que ce qui se joue aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’avenir de quelques sites industriels : c’est la capacité du pays à produire, à décider et à maîtriser son avenir.
Partout sur le territoire, dans les entreprises confrontées à des plans de licenciements, des fermetures ou des délocalisations, les travailleurs et travailleuses ne se résignent pas. Grâce à la présence des syndicats, et en particulier la CGT, ils et elles se mobilisent pour défendre leurs emplois, leurs savoir-faire et leurs outils de production.
Contrairement aux idées reçues, ces mobilisations ne se limitent pas à des luttes défensives.
Dans de nombreux cas, elles s’accompagnent de projets industriels concrets, portés par les travailleurs et travailleuses eux-mêmes : poursuite de l’activité, diversification de la production, reprise en coopérative, recherche de nouveaux débouchés ou de nouveaux financements.
Ces initiatives démontrent une réalité trop souvent ignorée : les travailleurs et travailleuses ne sont pas seulement les premières victimes des restructurations, ils et elles sont aussi souvent les premiers porteurs de solutions pour l’avenir de l’industrie.
Plusieurs situations recensées par la CGT ces dernières années ont ainsi connu des évolutions positives.
Elles ont en commun un élément central : la mobilisation des travailleuses et travailleurs a été déterminante pour empêcher la disparition de sites industriels et pour imposer des alternatives crédibles aux logiques de fermeture.
Sans mobilisation, il n’y a pas de rapport de force. Sans rapport de force, il n’y a pas d’alternative.
À l’image d’Exalia (ex-Vencorex), de Duralex ou encore des 1336, dans de nombreuses entreprises, les militantes et militants de la CGT jouent un rôle décisif pour structurer ces démarches, construire des projets et défendre des perspectives industrielles face à des stratégies de désengagement. Cette expérience accumulée constitue aujourd’hui un socle essentiel pour penser la réindustrialisation du pays à partir du terrain.
Ces projets et ces luttes, avec leurs réussites comme avec les freins rencontrés, sont au cœur des échanges de cette journée. Ils permettent de tirer des enseignements concrets et de montrer qu’une autre voie est possible pour l’industrie en France.
- EXALIA EX VENCOREX (38)
-
Le 10 septembre 2024, Vencorex, entreprise spécialisée dans la production de substances utilisées dans les peintures et vernis industriels mais aussi dans le nucléaire civil et militaire, et dans la potabilisation de l’eau était placée en redressement judiciaire. 480 emplois étaient directement menacés.
Au-delà de cette entreprise en tant que telle, l’ensemble de la plateforme chimique se serait trouvée fragilisée. La fermeture de Vencorex aurait provoqué, par e!et domino, la chute en cascade de toute l’industrie du territoire, mettant en péril 5000 autres emplois indirects : industries partenaires, entreprises utilisant leurs produits chimiques, sous-traitants….
En avril 2025, le tribunal de commerce de Lyon a choisi d’attribuer la reprise de l’entreprise chimique à son concurrent chinois qui prévoyait la conservation d’une activité minimale et le maintien d’un nombre très réduit d’emplois.
Pourtant, les salarié·es, soutenu·es par les collectivités locales, avaient déposé un projet de société coopérative d’intérêt collectif, mis sur pied en urgence, qui aurait permis de protéger 273 emplois (contre la quarantaine du repreneur chinois).
Face à cette menace, une importante mobilisation s’est organisée, notamment sous l’impulsion de la CGT.
Cette lutte a permis de faire émerger un nouveau projet industriel pour la plateforme chimique, fondé sur le maintien des activités, la préservation des emplois et une vision à long terme du développement industriel territorial.
Un nouveau projet, nommé Exalia, a été déposé par la CGT (voir exalia-chemicals.com).
- PAPETIÈRE LA CHAPELLE DARBLAY à Grand couronne (76)
-
Le 10 septembre 2019, UPM Papers annonçait la fermeture de la Chapelle-Darblay (Seine-Maritime), usine papetière symbole de l’économie circulaire et exemple à suivre en matière d’impact écologique. Cette usine à la pointe de la technologie recyclait l’équivalent du tri de vieux papiers de 25 millions d’habitants.
Après six années de lutte et malgré la fermeture, les salarié·es sont restés mobilisé·es et ont obtenu la préemption du site par la Métropole Rouen Normandie le 10 mai 2022 pour garantir sa vocation papetière. Trois ans plus tard, ils obtiennent le soutien de l’État via une entrée au capital de 27 millions d’euros.
Le site peut donc redémarrer d’ici 2028, avec la production de papier ondulé d’emballage à partir de cartons recyclés, la relance de la chaudière biomasse et de la station d’épuration biologique.
À la clé : 170 emplois locaux, la réactivation de la voie ferrée et un ancrage fort dans le développement durable de l’axe Seine.
Cependant, depuis, Fibre Excellence, qui a repris Chapelle Darblay a mis la relance du site sur pause en attendant que les sites de Saint-Gaudens et de Tarascon soient sécurisés. Chapelle-Darblay est un exemple supplémentaire de la ténacité indispensable pour porter les questions industrielles, puisque ce dossier reste en cours après plus de quatre années de lutte.
Deux dimensions sont particulièrement notables : le travail constant de l’équipe CGT de la Chapelle-Darblay, de l’Union Départementale CGT 76, du comité régional Normandie, de la Filpac (Fédération Industrie du Livre, du Papier et la Communication), avec la Confédération, de construction de convergences avec les collectivités locales, et celui relatif aux financements. Face à un État qui, particulièrement ces dernières années, n’assume pas le rôle qu’il pourrait jouer, les e »orts pour arracher des victoires sont considérables, passant notamment par la recherche de financements publics.
- LA FONDERIE DE BRETAGNE – Caudan (56)
-
La Fonderie de Bretagne, entreprise de 300 salarié·es représentant 350 emplois directs, située à Caudan (ex-SBFM), est une filiale historique de Renault. Elle a été vendue en 2022 à un fonds d’investissement sur la base d’un projet dont tous les expert·es avaient souligné les faiblesses. Comme anticipé, l’investisseur n’avait ni les moyens industriels ni les moyens financiers pour accompagner le travail indispensable de diversification du carnet de commandes.
Le syndicat CGT, les salarié·es et la direction de la Fonderie de Bretagne ont soulevé des montagnes pour garantir leur avenir :
- Mise en place d’une équipe commerciale, enclenchant une diversi!cation du portefeuille avec une dizaine de nouveaux clients (agricole, ferroviaire, défense, mobilier urbain) ;
- Investissements pour moderniser l’outil de travail, faisant de l’usine l’une des fonderies les plus modernes d’Europe ;
- Engagement dans une démarche d’e »cacité énergétique ambitieuse visant à horizon 2028 :
- 30 % d’économie sur l’électricité,
- 50 % sur le gaz,
- 20 % d’énergie renouvelable dans le mix énergétique ;
- Projets partenariaux : ferme photovoltaïque de 10 MW, stockage d’énergie, récupération de chaleur fatale pour alimenter une partie de la zone industrielle de Kerpont et ses 9 000 emplois.
Grâce à cette mobilisation, un nouvel investisseur, Private Assets (fonds allemand), s’est positionné pour racheter la fonderie et s’est engagé à apporter 11 000 tonnes par an de productions nouvelles, permettant de sortir de la dépendance envers Renault. L’État, la région et l’agglomération de Lorient se sont également fortement impliqués.
Après six mois de négociation et malgré un plan de !nancement bouclé et soutenu par l’État, Renault a annoncé le 20 décembre 2024 son refus de garantir la moindre part de marché, préférant délocaliser sa production en Turquie, en Espagne et au Portugal. S’est alors engagée une lutte de plus de neuf mois, accompagnée par la CGT, les élu·es locaux et la population.
Elle a permis d’obtenir, en avril 2025, une décision de justice favorable à la reprise par Europlasma, sauvant ainsi la quasi-totalité des emplois et relançant l’activité.
Depuis, les relations se sont considérablement tendues avec Europlasma qui a fait partir le directeur de l’usine et n’a débloqué aucun des investissements pris. La CGT a été associée au comité de suivi très tardivement, en novembre 2025, malgré de multiples demandes, et attend toujours une réponse de l’État à ses alertes.
🔴 Télécharger le document avec les autres projets ⤵️
,
